Le carreau de la mine Saint-Michel

Cette page est consacrée à un lieu important dans le paysage et l'histoire de notre cité : le carreau de la mine Saint-Michel. C'est le plus vieux puits de mine à minerai de fer de France et le dernier ayant fermé ses portes dans notre pays. Il est hélas en cours de démolition.
 
La décision de mise en exploitation de Saint-Michel a été prise par les Acieries d'Angleur, propriétaires de la concession. Ces dernières foncèrent un premier puits de 91,40m de profondeur au lieu-dit Pfeffenbreck, puis un second de 91,94m en 1902 à l'emplacement actuel du carreau. A l'époque, le minerai était remonté par le puits sur le carreau de la mine et amené par roulage à chevaux à l'usine de fonte. Ce service était assuré par les voituriers de l'usine. La mine utilisait également jusqu'à une trentaine de cheveaux au fond de la mine et des écuries souterraines avaient été aménagées au pied du puits. 
 
Le minerai de Saint-Michel alimentait non-seulement l'usine à fonte de notre commune, mais était aussi exporté au Luxembourg (acieries d'Esch-sur-Alzette) et en Belgique. La première guerre mondiale ruina cette prospérité. La mobilisation du personnel et le départ massif des Italiens finirent par provoquer l'arrêt de la production, obligeant les autorités allemandes à faire ramasser les stocks de minerai par les prisonniers russes et à démobiliser nombre d'ouvriers qualifiés à partir de 1917. De ce fait, l'usine n'obtint de la minette que pour faire fonctionner un seul haut-fourneau durant cette époque. 
 
Au lendemain de la première guerre mondiale, le carreau subit de nombreuses transformations. Les bâtiments de la gare et les écuries furent détruits et d'autres furent construits afin d'y abriter les installations sanitaires (vestiaires et douches) et techniques (lampisterie, bureaux des porions, chefs-porions et chef d'exploitation). Le centre d'apprentissage s'y installa également. 
 
Une conjoncture plus favorable apparaît en 1928, avant d'être mise à mal à nouveau en 1938 avec l'effondrement de l'économie américaine. Le second conflit mondial qui s'amorce en 1939 et les sabotages de l'armées française durant la "drôle de guerre" jusqu'en mai 1940 achèvent de paralyser l'activité de la mine.
 
Le carreau de la Mine Saint-Michel pendant l'entre-deux-guerres
 
Avec l'arrivée de l'envahisseur nazi, la production repart timidement, loin d'atteindre les tonnages de l'entre-deux-guerres. En cause, l'affectation aux tâches les plus pénibles d'un millier de prisonniers de guerre, russes et ukrainiens pour la plupart, n'ayant aucune qualification aux métiers de la mine. Même s'ils jouissaient d'une liberté toute relative, leurs conditions d'hébergement, leur sous-alimentation et les mauvais traitements causés par les gardes de la mine ne les aidaient nullement dans leur mission. Soixante-neuf d'entre eux moururent sur notre sol.
 
 Un autre groupe de prisonniers russes, encore moins libres, car mis au secret dans un campement dans la forêt surplombant l'ancienne gare d'Audun-Mont, avait une mission bien plus particulière. Du 24 au 30 août 1944, ils furent employés à la mine Saint-Michel à la construction d'une "importante entreprise de finition et de montage", au service de l'industrie de guerre allemande. Les travaux préparatoires débutèrent en juin 1944 par des mineurs détachés de la production de minerai pour participer à l'agrandissement de dix galeries destinées à abriter les ateliers de montage de fusées V-I. Les nazis voulaient également entreprendre la construction d'une rampe de lancement d'une pente de 20°. Celle-ci devait partir de ce quartier souterrain appelé "Umbau" pour déboucher sur le terrain de football suivant une orientation nord-ouest, c'est-à-dire, vers l'Angleterre. L'arrivée des Alliés à la fin de l'été 1944 empêcha la concrétisation du projet, ne laissant derrière lui que les salles de montage. 
 
Dès la fin de la guerre, la principale tâche à laquelle la direction doit s'atteler est de relancer la production. Action malaisée tant le personnel manque à l'appel, ce qui gène d'autant la mise en route des hauts-fourneaux audunois, faute de matière première. A cette situation s'ajoutèrent les entraves à l'exportation du minerai et les pénuries d'électricité, empêchant du même coup l'exhaure et entraînant la fermeture de la mine jusqu'au 23 janvier 1945. La situation commença à s'améliorer dès 1947. La production représentait seulement 45% de celle d'avant-guerre et le prix de revient était toujours supérieur au prix de vente, mais le minerai pouvait être exporté davantage grâce à la création de la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier), puis de la CEE (Communauté Economique Européenne). La demande en minerai se développant constamment au Luxembourg, la production finit par atteindre en 1958 son niveau de 1929 et ne cessa d'augmenter pour atteindre son plus haut en 1976 avec près de 450.000 tonnes. 
 
Avec le regroupement des mines Saint-Michel et Montrouge, le carreau de la mine Saint-Michel devint exclusivement un lieu de passage pour le personnel de la mine. La production minière était évacuée par la galerie de l'Hôpital de la concession Montrouge, située à proximité de l'ancienne gare de triage d'Audun-le-Tiche, non loin de la frontière avec le Luxembourg. Les bâtiments techniques, aujourd'hui à l'abandon, sont encore visibles à droite devant le grand viaduc de la frontière. Afin de faciliter l'accès aux galeries pour les hommes et les engins lourds arrivés avec la mécanisation systématique de l'outil de production, une descenderie à pente douce fut percée à l'ouest du carreau de la mine. Lors de la première tentative de creusement, un premier tronçon de l'aqueduc gallo-romain, encore sur place, fut mis au jour. Lors de la deuxième tentative, à quelques mètres plus près des cités, un autre tronçon de cet aqueduc fut dégagé et déplacé à proximité immédiate de l'espace archéologique.
 
Le premier choc pétrolier en 1978 entraîna la sidérurgie luxembourgeoise dans la crise et le second intervenu un an plus tard inaugura une période d'incertitude à Audun-le-Tiche. Les commandes commencèrent à diminuer du fait d'un recours plus massif au minerai suédois, moins cher sur le marché, et de l'introduction de hauts-fourneaux électriques fondant de la ferraille dans les usines luxembourgeoises. Le sort de la mine était dès lors scellé, faute de débouché pour sa production. Dans un premier temps, il y eut un recours massif au chômage technique dès la fin des années soixante-dix. Puis vinrent les départs en retraite anticipée, les départs en retraite non remplacés, et enfin, les reclassements dans les divers sites de production sidérurgiques luxembourgeois de l'ARBED, propriétaire des mines Saint-Michel et Montrouge. La fin de la reconversion du site de Belval au printemps 1997 entraîna l'arrêt définitif la même année de la production de minerai de fer à Audun-le-Tiche.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le même site en 2010
 
Le chevalement du carreau de la mine en 2010
 
(Photos : F. Pokrandt, texte inspiré de la bibliographie reprise sous l'onglet "Médias")



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