Période antique et première urbanisation

Entre 57 et 51 av. J.C., les Romains sous l'impulsion de Jules César pacifient le territoire des Trévires et leur capitale Treviris (Trêves en Allemagne). Dès lors, notre région fait partie de la Gaule Belgique et la Pax Romana (Paix romaine) s'installe pour deux siècles. Pour le vicus (petite agglomération en latin) d'Aquaeductus (aqueduc en latin, première mention d'Audun-le-Tiche dans un parchemin carolingien de 898), relevant du Pagus Methensis (le Matois, ancienne appellation du Pays-Haut), c'est la prospérité. L'agriculture continue de se développer dans la vallée de l'Alisontia (l'Alzette qu'Ausone chantera dans ses poèmes) et sur les sols limoneux du plateau autour des villas comme à Rédange (canalisation en terre cuite) et à Hirps (fragments de poterie). Outre l'exploitation de la terre, la métallurgie du fer et les bas-fourneaux sont toujours présents sur les collines du Bois de Butte au lieu-dit Diggendal ou à proximité du Gaalgebierg eschois aux lieu-dits Gleicht et Ellergronn. Dans quelques carrières, sont produites de belles pierres de construction calcaires. Elles entretiennent de nombreux carriers et voituriers et servent à l'édification de bâtiments dans la plupart des centres gallo-romains de la région mosellane et luxembourgeoise. La découverte d'une statue d'Isis à Audun-le-Tiche au 19ème s. laisse supposer la présence de militaires sur les collines dépassant 400 m. au dessus du bourg, leur offrant ainsi une magnifique ligne d'observation sur la vallée et tout le sud du Luxembourg.
 
Il se peut aussi qu'Audun-le-Tiche ait pu être le siège d'autres artisans et de nombreux commerçants. Leurs services ne s'adressèrent pas seulement à la population locale, mais aussi à celle de passage : notre bourg était situé sur une route impériale secondaire provenant de Tongres - Arlon (Belgique) par Rédange et Russange, allant par Tressange, Fontoy et Hayange pour déboucher aux environs de Thionville (Veymerange) sur l'important axe Trèves-Metz de la rive gauche de la Moselle. Cette ancienne route croisa à Aumetz (probablement un camp militaire romain significatif) la deuxième route importante du Pays-Haut : l'axe Longwy - Thionville (Veymerange). Partant d'Audun-le-Tiche, plusieurs routes secondaires existèrent : un premier axe partait vers Dalheim (Luxembourg), un autre conduisit à Caranusca (Garche), et une autre route traversa Villerupt et Thil pour rejoindre, le Titelberg, l'ancienne capitale présumée du peuple Trévire. Le vicus audunois était donc l'un des noeuds de communication routière les plus importants du Pays-Haut.

La richesse des sites gallo-romains de la commune se situe dans les vestiges de ses monuments publics. La plupart d'entre-eux semblent avoir été édifiés au 2ème s. de notre ère, la période faste de l'histoire romaine du site. Comme toutes les cités gallo-romaines, Aqueductus honore ses dieux. Deux lieux attestés sont consacrés à leur culte. Le premier fanum (temple) mesure 5 m. de côté et a été dégagé lors des fouilles de la nécropole mérovingienne au lieu-dit le Calvaire dans le Bois de Butte (Photo : voir page d'accueil). Il est daté du Haut-Empire (2ème s. ap. J.C.) et semble dédié à Mercure. Le second temple est positionné entre le lieu-dit Bétiel et la rue de la Faïencerie. Il a été découvert lors de travaux de terrassement en 1976. Plus grand que le premier, puisque qu'un mur de sept mètres de long recouvert de son enduit rouge d'origine a été mis au jour. Etaient déposés le long de ce mur plusieurs éléments lapidaires de grande qualité : un hermaphrodite d'inspiration hellénistique et deux têtes de divinité (Minerve casquée, ci-contre) datable du 2ème s. ap. J.C., un cavalier à languipède du 3ème s. J.C., ce qui laisse supposer que ce temple fut dédié au culte des eaux. 
 
L'abondance des eaux, la présence d'une "fontaine salée" proche du temple du Bétiel et la position d'Aquaeductus sur une route romaine d'importance, non loin d'un axe principal, semble avoir décidé d'un rôle de villégiature de premier ordre pour la ville dont l'activité principale semble avoir été le thermalisme. En effet, un important fragment de mosaïque a été découvert à l'est de la Place du Château actuelle en 1823 et un aqueduc encore en place de nos jours a été découvert lors des travaux de creusement de la nouvelle descenderie de la Mine Saint-Michel en 1968 (Photos : voir page accueil). La construction comporte deux canaux superposés d'écoulement des eaux. Le premier est formé de blocs monolithiques rectangulaires en calcaire oolithique local, taillés et ajustés avec soin. L'étanchéité est assuré par un remplissage minutieux d'argile. Le second, sans doute beaucoup plus tardif, est fait d'un appareil de blocs grossiers, tapissés d'une simple couche de mortier. Cette opération de doublement de canal d'amenée s'explique certainement par une demande plus forte en eau, liée à un probable accroissement de la population. Par sa taille importante, il a confié son nom au bourg qui a su tirer profit de la Pax Romana du fait de ses richesses naturelles et de sa situation géographique.
 
Cette ère de prospérité s'achève avec les invasions barbares du 4ème et du 5ème siècle qui finiront par provoquer l'effondrement de l'Empire romain d'Occident en 476. Les Francs, chassés par les Huns, commencent à s'installer durablement en Gaule Belgique à partir de 450. Avec le partage du domaine de Clovis par ses fils en 511, Aquaeductus, tout comme tout le nord-Est de la France et les bassins de la Meuse et du Rhin, est dorénavant intégré dans une nouvelle entité politique : le Royaume d'Austrasie. Une nouvelle conception du partage des pouvoirs fait également son apparition avec son cortège de causes néfastes pour les populations locales : la féodalité.
 
(Photo Minerve : J.-C. Kanny, texte inspiré de la bibliographie reprise sous l'onglet "Médias")



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