Moyen-Age, de l'ordre vers le désordre

Au cours des siècles qui ont suivis la chute de l'Empire romain, Aquaeductus est restée une petite agglomération importante dans le Pays-Haut. La ville conserve sa structure urbaine et son nom d'essence romaine, tandis que l'appellation des villages environnants se termine par "-ingen" (ou "ange" dans les noms actuels) par l'afflux des Francs de culture germanique. Il est cependant acquis qu'un échange réciproque et une assimilation des moeurs et coutumes se sont opérés entre les deux peuples. Ce phénomène apparaît avec évidence dans les usages funéraires que notre nécropole mérovingienne nous a livrés et que nous vous invitons à découvrir sur place (Photo ci-contre : reconstitution d'une tombe franque à l'espace archéologique).

En 751, le Royaume mérovingien d'Austrasie disparaît et est absorbé dans le grand royaume franc constitué par Pépin le Bref que ce dernier transmettra à son fils Charlemagne. En 843, le morcellement de l'empire carolingien est entériné par le Traité de Verdun qui place Audun-le-Tiche en Lotharingie. Cette époque a laissé une trace significative sur le territoire de la commune par la découverte en 1995 d'un moulin sur le site de construction d'une station d'épuration sur les bords de l'Alzette. Il est daté des environs de 840 et son bief d'alimentation a été rénové en 851. A partir de 959, la Lotharingie se disloque pour laisser place à de nouvelles entités : les comtés (Luxembourg, Bar) et duchés (la Haute-Lotharingie que l'on appellera plus tard Lorraine). Le régime féodal se met progressivement en place et le pouvoir est accaparé par l'Eglise catholique romaine et les grandes familles princières, suzerains des seigneurs locaux.

Jusqu'à la moitié du 13ème siècle, aucun document ou élément archéologique ne nous éclaire sur l'histoire de notre ville. Ce n'est qu'en juillet 1253 que nous apprenons que le comte Henri de Salm donne le fief d'"Aweduis" (Audun) à son cousin, le comte Thiébaut II de Bar, incorporant ainsi notre commune à la maison lorraine de Bar. Ce dernier transmet le fief d'Audun à Jacques de Cons qui le cède à son décès à sa fille Catherine à la fin du siècle. Catherine d'Audun ("Audeix") épouse Jean de Malberg dont la famille est originaire du village éponyme situé près de Bitburg dans l'Eifel. C'est son arrière-petit-fils Guillaume qui associe pour la première fois son nom à la seigneurie d'Audun entre 1365 et 1366. La seigneurie englobe alors Audun, Russange, Villerupt, Cantebonne, Micheville, Hirps et une partie de Rédange. Les Malberg ont en outre conservé le château de Malberg dans l'Eifel et des possessions foncières dans le village allemand et ses environs. Ils jouissent en outre de biens au Luxembourg et ont acquis des terres en Argonne par mariages successifs. Leur patrimoine leur confère une aisance certaine au 15ème et 16ème siècle. 

Les seigneurs d'Audun ont élevé des résidences dignes de leur rang. Elles ont toutes été édifiées au même emplacement, sur les contreforts sud de l'actuelle place du Château, au coeur même du bourg et non loin des temples et thermes construits par les Gallo-romains. Nous ne savons pas exactement quand les premiers bâtiments furent construits, en revanche nous connaissons assez bien leur sort au cours de l'histoire. En 1418, l'évêque de Metz, Conrad Bayer de Boppart lance le premier assaut connu sur le château, plusieurs autres attaques suivront au cours du 15ème siècle engendrant des dommages. Des documents, il découle que le château a un plan en trapèze, avec une partie principale constituée par un donjon à trois étages entouré par les corps de ferme de la basse-cour, le tout surveillé par quatre tours d'angle. Le château va changer de physionomie à partir de 1555 lorsque la lutte fratricide entre Claude et Bernard de Malberg éclate. Claude, l'ainé conserve le donjon qui s'appellera dès lors le "Château-Haut", tandis que Bernard transformera la basse-cour en nouveau logis seigneurial appelée le "Château-Bas". Une nouvelle basse-cour munie de tours d'angle et ceinturée par de hautes murailles est bâtie en contrebas des deux châteaux. Une fresque sur le mur d'une ferme place du Château permet au visiteur de se faire une idée de la taille de ces bâtiments avant leur disparition. Lorsque les deux frères décèdent, ce sont les veuves qui s'affrontent et avec le décès en mars 1580 de Bernard, fils unique de Bernard et d'Elisabeth de Mérode, c'est la lignée des Malberg qui s'éteint.
La seigneurie va alors commencer une lente agonie, la conduisant de partage en partage, de faillite en faillite, à sa mise sous séquestre en 1785 et sa vente en 1792. Les châteaux ne sont plus occupés depuis 1625, les murs commencent à se lézarder, puis viennent la guerre de Trente Ans et les séquelles infligées par les armées qui ravagent la Lorraine entre 1636 et 1646. Vers 1660, ils ne sont plus que ruines. En 1675, Louis XIV leur porte le coup de grâce en ordonnant leur démantèlement. Dans les décennies qui suivent, les pierres du château serviront de carrières aux habitants du village qui élèveront de belles demeures notamment au 19ème siècle. La plupart d'entre-elles sont encore en place dans le Vieil-Audun. Une opération réalisée à l'emplacement des défunts châteaux s'ouvrira cependant les portes de l'histoire : en 1755, les frères Boch y créent une petite manufacture de céramique (ci-dessus - d'après un tableau de François Ponsin). Elle deviendra la grande entreprise de faïencerie Villeroy & Boch, aujourd'hui connue dans le monde entier.

(Photo fresque : F. Pokrandt. Photos faïencerie : A. Trausch, texte inspiré de la bibliographie sous l'onglet "Médias")



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