Annexion allemande et essor économique

L'annexion d'Audun-le-Tiche au Reich allemand à partir de 1870

 
En 1870, la France perd la guerre contre la Prusse, soutenue par d'autres états allemands. Dès la fin août, les troupes allemandes occupent la plus grande partie de l'espace mosellan et notamment le pays audunois. Le traité de Francfort signé le 10 mai 1871 définit les nouvelles frontières entre l'Empire allemand et la France (carte postale ci-contre). Les négociations concernant le territoire de Belfort, réclamé par la France, ont abouti à un échange de terres englobant Audun dans la giron allemand tandis que Villerupt restait en France. Les Allemands vont laisser une marque particulière et vont mettre à profit 48 années d'annexion pour germaniser notre secteur. Toutefois, peu d'Audunois quittent leur commune et malgré l'obligation d'utiliser la langue allemande dans les actes officiels à partie de 1878, le français reste employé par l'administration communale jusqu'en 1890 et dans la vie de tous les jours à côté de la langue de l'occupant. Outre cette obligation, la germanisation s'opère à l'école rendue obligatoire de 6 à 13 ans pour les filles et de 6 à 14 ans pour les garçons. Par ailleurs, un quotidien local publié en allemand (le Deutsch-Other Zeitung, Audun ayant été rebaptisé Deutsch-Oth) célèbre les mérites de l'Allemagne et de la germanité, le Deutschtum. Avec l'installation de l'administration allemande, de nombreux Allemands s'installent à Audun-le-Tiche.
 
Les mines de fer et la sidérurgie : les débuts de l'âge d'or
 
Les ressources en fer fort du Bois de Butte et de Bockholtz s'épuisent depuis 1860. En 1809, un décret de Napoléon Ier avait permis à ces minières d'extraire le minerai dans des tranchées pouvant atteindre 100 pieds de profondeur, d'accroître leur volume d'extraction en creusant des galeries souterraines. Naissent ainsi de modestes mines et leur production est destinée aux hauts-fourneaux au charbon de bois d'Ottange, de Villerupt et du modeste haut-fourneau élevé par le cultivateur Bauret-Laval sur son terrain au "Clos du Moulin" à Audun. L'extraction du minerai sur les sites diminue au cours des années 1860 n'atteignant plus que 13000 tonnes en 1866. Le salut vient quelques années plus tard avec l'annexion : une intense prospection révèle en profondeur la richesse du gisement d'un minerai à teneur inférieure : la minette, dont l'inconvénient est de produire une fonte phosphoreuse. La découverte du procédé de déphosphoration Thomas Gilchrist va permettre de lui donner toute sa valeur et va lui ouvrir la chance historique d'une exploitation à grande échelle.
 
Les autorités allemandes attribuent les concessions minières à diverses entreprises ou particuliers. La "Gelsenkirschener Bergweks AG" obtient la plus vaste. En 1890, le puits Saint-Michel est armé et foncé. Il en est de même avec la mine Montrouge en 1897. La "Gelsenkirchener" lance la construction d'une importante usine (carte postale ci-contre) fonctionnant au coke et produisant de la fonte en plein coeur de la vallée où est armé et foncé le troisième puits en 1907. L'extraction du minerai à ciel ouvert disparaît définitivement à Audun en 1910. La plus grande partie du minerai audunois est transportée par voie ferrée aux hauts-fourneaux luxembourgeois d'Esch-sur-Alzette. Le développement de ces activités a nécessité la mise ne place de moyens de transports efficaces et les autorités allemandes s'attachent avec la Reichbahn (les chemins de fer impériaux) à construire un réseau ferré répondant à leurs besoins. En 1898, cette société rachète aux chemins de fer luxembourgeois (la société Guillaume-Luxembourg) la ligne Esch-Audun-Rédange. Et la même année, elle entreprend de relier Audun à Fontoy, et au-delà, à Thionville, grande plaque tournante de toute la production sidérurgique de toute la région. En 1901, mines et aciéries du secteur Audun-Esch sont en relation avec la Ruhr par le territoire luxembourgeois.
 
Le village redevient une ville 
 
Au temps des minières, soit avant l'annexion, le bourg avoisine le millier d'habitants. En 1876, il n'en réunit que 1081. L'envol s'opère après 1880 avec la mise en service des puits et des usines : 1800 habitants en 1891, 2700 en 1896, 5200 en 1906 et 6300 à la veille de la Grande-Guerre. Cet accroissement de population s'explique par des appels répétés de main-d'oeuvre auxquels se livrent mines et usines. Le réservoir démographique de la Lorraine annexée étant incapable de répondre à cette demande, les entreprises font appel, avec la bienveillance des autorités allemandes, à des populations étrangères. Quelques Luxembourgeois et Belges sont venus travailler et s'installer, tout comme quelques centaines d'Allemands. La grande masse de ces immigrés est italienne : c'est par dizaines de personnes qu'elle afflue à Audun certaines semaines, venant de la gare de Thionville, où elle a été recensée par l'administration. Cette population des plus modestes, surtout des célibataires, provient principalement d'Italie du Nord. L'Ombrie et la région de Pérouse (dont Gualdo-Tadino, aujourd'hui jumelée avec notre commune) sont de grands foyers de départ vers la Lorraine et Audun. Ici, ces immigrés sont dirigés de préférence vers les mines où ils sont voués à des tâches ingrates et mal rétribuées ; leurs conditions de logement sont souvent sommaires, voire misérables. Avec le temps, mines et usines construiront des logements, les cités ouvrières, afin de leur offrir de meilleures conditions d'existence. En 1910, plus de 54% de la population audunoise est étrangère (3397 étrangers dont 2240 Italiens, 1510 Allemands et 1386 Lorrains). Audun est dès lors une authentique ville cosmopolite.
 
(Photos : F. Pokrandt, texte inspiré de la bibliographie reprise sous l'onglet "Médias")



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