Nouvel âge d'or, crise et mutation

Après 1945, Audun suit une route de contrastes. Un nouvel âge d'or des mines et de la sidérurgie s'installe dans la cité au lendemain de sa libération. Elle est l'un des centres actifs que certains appelleront le "Texas lorrain". Pour la France, cette époque est celle des "Trente Glorieuses" comme pour Audun. Ce temps de lumières s'assombrit au cours des années 1970. La crise de la sidérurgie se manifeste lentement, mais aussi inéluctablement. Dans une lente agonie, mines et usines cessent leurs activités. Audun aura le triste privilège de fermer la dernière mine de fer de Lorraine. la ville s'enfonce dans la récession. Sa renaissance survient bientôt. A partir des années 2000, elle connaît quelques heureux frémissements qui la ramène à la vie : ce salut vient du Luxembourg voisin. Aujourd'hui, il est le garant du nouvel avenir de la ville.

Le nouvel âge d'or d'Audun après 1945 

Après l'euphorie de la libération, les Audunois se retrouvent aux prises avec de dures réalités. La guerre ne se termine qu'en mai 1945, et la ville devra attendre de longs mois avant le retour de tous ses enfants. En 1946, elle affiche une population de 5800 habitants, soit 500 de moins qu'avant 1939, sans doute en raison du conflit. La légalité française et républicaine est rapidement restaurée, toutefois, deux difficultés importantes assombrissent la vie quotidienne des habitants. Le rationnement tout d'abord et les tickets qui ne disparaîtront qu'en 1949, le Luxembourg ayant quand même atténué ses effets, car mieux doté en biens de consommation que la France. L'inflation ensuite. Vigoureuse, elle réduit considérablement le pouvoir d'achat des salariés et de leur famille. D'où des mécontentements qui se traduisent par des grèves puissantes dans les mines et les usines sidérurgiques en septembre et octobre 1948. 

C'est dans ce contexte agité que naît pourtant le deuxième âge d'or du fer à Audun-le-Tiche. En effet, le pays a besoin d'être relevé de ses ruines et la demande en fonte et acier est énorme. A Audun, après le départ des Allemands, la Société Minières des Terres Rouges reprend la direction de la mine Montrouge et en 1945-1946, elle met en place un vaste programme de modernisation fondé sur la généralisation de mécanisation de l'exploitation. Alors que le mineur extrait 10 tonnes de minerai en 1938, il en extrait 22 en 1955. En 1954, est mis à feu un nouveau haut-fourneau aux usines Terres Rouges qui produit 300 tonnes de fonte par jour. L'ensemble en dispose de trois et sa production quotidienne est portée à 800 tonnes de fonte. En 1966, une descenderie moderne à 10% de pente est installée pour le matériel et le personnel à la mine Saint-Michel. Les aciéries de Micheville, où travaillent de nombreux Audunois, se transforment elles-aussi. En 1950, elles sont intégrées à l'Union Sidérurgique Lorraine (Sidelor). Elles comptent quatre hauts-fourneaux, une cokerie modernisée, une aciérie Thomas, une aciérie Martin, un train blooming et trois trains de laminoirs. En 1952, l'ensemble emploie 3500 personnes et plus de 4000 en 1962. Cette conjoncture rend attractif à nouveau Audun : en 1954, la cité compte 5800 habitants et plus de 8500 en 1962. L'âge d'or provoque donc une véritable explosion démographique et toute la ville vit au rythme des usines, des mines, des allées et venues de leurs personnels, ainsi qu'à celui des sirènes rythmant fin et début des postes de travail. Après les heures de travail, l'usine et la mine restent omniprésentes dans la vie de l'Audunois : sa maison de cité ouvrière, la salle des fêtes proche, les services sociaux, les terrains et locaux sportifs ou culturels et deux cantines sont leur entière propriété.

La crise et la fin de la sidérurgie (1964-1997)

Les nuages commencent à poindre au début des années 1960 et un mauvais signal apparaît en 1961 : la mine d'Aubrives n'est plus considérée comme rentable. Elle est fermée en 1962, malgré une importante grève des mineurs. Les grands maux du gisement ferrifère lorrain sont désormais mis au jour : pauvreté de la minette en métal, d'où une absence de compétitivité face à des minerais plus riches provenant de Mauritanie, Canada ou d'Amérique du Sud. Par ailleurs, l'utilisation d'autres matériaux comme les plastiques, l'aluminium ou les alliages divers, réduisent les besoins en acier. Le Pays-Haut est donc en proie à une crise de la sidérurgie en raison de sa mono-industrie et de son enclavement continental : les fermetures d'usines et de mines vont dès lors se succéder. En 1964, Audun voit la fermeture du puits n°3 de Montrouge et de son usine de fonte. C'est le début d'une longue agonie et les personnels de la sidérurgie entament des actions et des grèves : ils sont 6000 à défiler à Villerupt en avril 1967. En 1974, Micheville n'emploie plus que 1500 personnes et en août de la même année les deux derniers hauts-fourneaux sont éteints. La mine de Montrouge-Audun est alors la dernière en activité. L'Etat français tentera par injection d'importants capitaux de rendre la sidérurgie plus compétitive, mais il ne parvient qu'à repousser l'échéance fatidique. En 1990, il n'existe plus que deux grands groupes : Lormines (filiale d'Usinor-Sacilor) et la division des mines françaises d'A.R.B.E.D. avec pour seul siège celui des Terres Rouges à Audun. La mine est exploitée à partir du Luxembourg et ses 384 salariés produisent plus de trois millions de tonnes de minerai. L'exploitation s'arrête définitivement le 31 juillet 1997 et les 25 derniers mineurs audunois seront reclassés dans les usines luxembourgeoises du groupe. 

Le paysage audunois connaît avec la cessation des activités minières et sidérurgiques de profondes transformations : les bâtiments sont livrés aux démolisseurs et les friches industrielles les remplacent. Un héritage subsiste, celui des aléas miniers : sur de vastes surfaces se font jour des risques d'affaissements générés par l'ancienne exploitation du sous-sol. Reste dressé dans le ciel le chevalement de la mine Saint-Michel. Il est l'un des rares souvenirs du riche passé industriel de la commune. Le naufrage de la sidérurgique a des répercussions sur la démographie audunoise : la ville au fil des crises perd ses habitants et devient un pôle de départ. Son étiage est atteint en 1999 avec 5757 résidents. L'anémie la frappe, des commerces ferment et les associations, autrefois si dynamiques, s'étiolent. Le retour à la vie n'est pourtant pas loin.

La deuxième chance d'Audun : le Luxembourg

Pour dynamiser à nouveau la ville touchée par l'arrêt des activités minières et sidérurgiques, une politique volontaire d'aménagements novateurs du territoire a été décidée par les élus locaux. Sous l'égide  de la Communauté de Communes du Pays-Haut-Val d'Alzette récemment créée, la ville adopte une stratégie de reconquête et d'aménagement des friches industrielles. C'est ainsi qu'est né un nouveau quartier réunissant commerces, services et habitat à l'emplacement de l'ancienne usine et du crassier au centre de la ville. Le site audunois de Micheville doit accueillir dans les prochaines années des bâtiments-relais, des hôtels d'entreprises et un centre postal, le tout intégré dans un vaste programme d'aménagement du site entier appelé "Alzette Belval 2015". Les signes annonciateurs de la revitalisation de la cité ne manquent donc pas.

Il est cependant une réalité désormais incontournable pour l'avenir audunois : le remarquable dynamisme économique du Grand-Duché et celui d'Esch-sur-Alzette, la voisine luxembourgeoise immédiate. Sa croissance exemplaire rejaillit sur tout le nord de la Lorraine et les communes frontalières : le Luxembourg est depuis une quinzaine d'années la deuxième chance de notre ville en ce sens qu'il est dorénavant le premier pourvoyeur d'emplois pour sa population (plus de la moitié de sa population active). Le nombre de ces travailleurs frontaliers étant amené à grossir dans les années qui viennent, il incombe à la commune de résoudre le problème des moyens de circulation mis à leur disposition. Une ligne ferroviaire sous gestion des CFL (Chemins de Fer luxembourgeois) entre Audun et Esch a été rouverte, ainsi que deux lignes de bus. Toutefois, il reste à finaliser la réalisation de la route de contournement dont l'ouverture est prévue en 2012.  
Le projet d'aménagement d'une grande éco-agglomération transfrontalière de plus de 100000 habitants englobant Audun est aujourd'hui le vecteur-clef de sa renaissance. Son centre d'impulsion est la réalisation du nouveau quartier d'Esch-Belval (photo ci-contre), déjà avancée dans les faits et l'occasion est donnée aux communes frontalières françaises de promouvoir leurs vastes espaces de friches (plus de 800 hectares au total) bordant ce nouveau quartier luxembourgeois. L'Etat français a décidé de s'y impliquer en accordant en novembre 2009 le label "Eco-Cité" au projet. Dans les faits, il est d'ores et déjà prévu d'aménager 300 hectares de friches en habitat collectif et individuel soumis aux standards de l'éco-construction et intégrés dans un grand ensemble tertiaire où les modes de transport doux (trains, vélos ...) serviront de colonne vertébrale à une aire très dense, comprenant parcs urbains et coulées vertes, commerces et entreprises, suivant une exigence de mixité urbaine et sociale. A terme, le but est de redonner à Audun la chance d'être à nouveau un foyer d'appel pour les populations en quête d'emplois et de logements. Le mouvement ascendant démographique reprend si bien qu'entre 1999 et 2007, la commune a gagné plus de 200 personnes et se situe actuellement à l'orée des 6000 habitants.

(Photo : F.Pokrandt, texte inspiré de la bibliographie reprise sous l'onglet "Médias")



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