Deux guerres mondiales : troubles et reconstructions

Première guerre mondiale (1914-1918) et retour à la France

En juillet 1914, les Audunois apprennent par la presse que les tensions s'aiguisent entre les états européens suite à l'attentat de Sarajevo. Le 26 juillet, les habitants notent la mise en place de contrôles par les militaires sur les routes du Pays-Haut. Le 31 juillet est intauré l'"état de guerre". A 18h00, les cloches de l'église et du temple sonnent le rappel des hommes sous les drapeaux et des affiches annoncent la mobilisation des hommes de 20 à 37 ans. Les liaisons ferroviaires avec la France sont interrompues et la frontière entre Audun et Villerupt est fermée, sauf pour des raisons d'ordre professionnelles (accès à l'usine de Micheville). Les immigrés italiens quittent Audun et la Lorraine annexée pour rejoindre les cieux paisibles de leur pays. Une véritable dictature militaire se met en place avec la confiscation de tous les pouvoirs civils aux mains de l'armée. Le long de la frontière est élevé un écran de ballons captifs supportant d'immenses filets censés former un obstacle contre l'aviation française. Ce dispositif est complété par des pièces d'artillerie sur les hauteurs d'Audun, mais les grandes opérations militaires se déroulent bien plus à l'ouest dans le secteur de Verdun : Audun et le Pays-Haut ne subissent aucun combat. La guerre, contrairement aux promesses des militaires, s'annonce longue et la population civile restée sur place subit de plein fouet les répercussions de la guerre, à savoir restrictions et contingentements de toutes sortes, et doit faire face à une inflation galopante, réduisant encore ses moyens de subsistance. Afin de soutenir l'économie de guerre, les enfants sont chargés de collecter métaux, vêtements, chiffons et même vieux journaux, ce qui altère leur scolarité. Avec le départ des Italiens et la mobilisation des Lorrains, la production minière et sidérurgique s'effondre. Les prisonniers militaires russes, non-formés à ces métiers et sous-alimentés ne parviendront pas à compenser cette chute. Toute revendication est vaine et vivement réprimandée par l'armée.

Ce n'est que vers 1918 que la situation se renverse avec le succès des offensives alliées. Le 11 novembre, c'est l'armistice et l'armée allemande a deux semaines pour évacuer les territoires occupés, dont l'alsacien-lorrain. Les Allemands quittent Audun en laissant tous leurs biens sur place et les Français n'entreront dans notre ville que quelques jours après l'armistice. L'autorité républicaine est restaurée le 22 novembre 1918 et Audun-le-Tiche retrouve son nom d'avant 1870. Dans un souci d'apaisement, la Troisième République conserve tant dans le domaine social que religieux ou scolaire les législations héritées de l'annexion allemande. Le français est de nouveau enseigné à l'école et les mines et usines à capitaux allemands sont mises sous séquestre par l'Etat français et distribuées à des entreprises françaises. C'est ainsi que sont fondées en 1918-1919 la "SA Minières des Terres Rouges", de droit français et la "SA Métallurgique des Terres Rouges" de droit luxembourgeois avec participation de l'A.R.B.E.D. (Luxembourg) et de Le Creusot (France). Les conditions de la reprise juste après la guerre restent difficiles. L'actualité audunoise jusqu'en mai 1920 est animée par des grèves dans les mines et les usines. L'inflation sévissant en France, elles sont motivées par des revendications essentiellement salariales, une minorité des grévistes met en avant des revendications à tonalité révolutionnaire (à lier avec le prise du pouvoir par les Bolcheviques en Russie en 1917), offrant à la population deux modes de pensée. En 1921, Audun ne compte plus que 4400 habitants et les Italiens, avec la reprise et l'âge d'or qui semble réapparaître vers 1922 ou 1923, reviennent sur le territoire de la localité. Courant 1924, les mines et usinent tournent à plein et sont modernisées en 1935. La population retrouve son niveau d'avant-guerre en 1926 et atteint 6500 habitants en 1931. Toutefois, une grande crise économique mondiale entraîne un ralentissement de la production faisant chuter la population de 400 personnes entre 1931 et 1936. Sur le plan politique, l'avènement d'Hitler en Allemagne en 1933 va provoquer des troubles en Europe avec la montée du fascisme. A Audun, des Italiens fondent un mouvement fasciste à côté d'une section de Francistes (les Chemises bleues) d'extrême-droite. En opposition à ces mouvements, le communisme est particulièrement présent aux côtés des socialistes indépendants. La gauche prendra une part active dans les grandes grèves qui secoueront la sidérurgie du 27 juin au 2 juillet 1936. En septembre 1938, avec l'invasion de la Tchécoslovaquie par Hitler, Audun connaît une première mobilisation, une nouvelle guerre s'annonce. 

Deuxième guerre mondiale (1939-1945) : la grande tragédie

Le 3 septembre 1939, la France déclare la guerre à l'Allemagne et Audun, située devant la ligne Maginot, donc en pleine "zone rouge" car sous le feu des forts, notamment celui de Bréhain, doit être évacuée. La mesure est appliqué les 27 et 28 septembre 1939 : 659 habitants, dont femmes, enfants et vieillards quittent la ville pour la Vienne. Ils seront accueillis à Loudun et dans les villages environnants. Restent sur place, les hommes non-mobilisés dont les activités professionnelles les rendent indispensables au bon fonctionnement des mines et des usines sidérurgiques qui continuent à produire. La guerre fait brutalement son entrée à Audun le 10 mai 1940. Le matin, vers 5 heures, la famille grand-ducale luxembourgeoise passe la frontière venant de Luxembourg et d'Esch : les Allemands ont envahi le Luxembourg quelques heures plus tôt. Après quelques petits combats, les Français évacuent Esch-sur-Alzette et Audun non sans avoir fait sauter le viaduc de la voie ferrée Audun-Fontoy, boucher la galerie d'accès de la mine d'Errouville à la mine Montrouge et saboter les machines d'extraction. Le personnel des mines est évacué à l'arrière-front. Les Allemands entrent dans Audun le 12. Une administration civile exclusivement allemande prend le relais de l'autorité militaire. Les Allemands remettent en état tout ce qui peut l'être, filtrent les habitants et les évacués revenant du Poitou en rejetant les éléments francophiles et toute trace du français est gommée sur les façades des maisons et dans la vie de tous les jours. Les Allemands installent leurs associations et leur structure d'encadrement de la population. Toutes sont contrôlées par le parti nazi et oeuvrent dans son intérêt. A cet embrigadement, s'ajoutent les mesures impopulaires du rationnement des denrées alimentaires, du Service Obligatoire du Travail (S.T.O.) pour tout homme ou femme de 18 à 25 ans et l'incorporation des "Malgré-Nous" dans les armées du Reich à partir du 29 août 1942. Quelques actions de résistance se mettent en place, principalement à mettre au bénéfice des passeurs qui aideront au péril de leur vie les jeunes à fuir l'incorporation dans l'armée allemande et les évadés des camps de prisonniers de guerre. Quelques personnes seront déportées, quand une grande partie de la population sera surveillée et tétanisée par l'occupant aidé par une minorité de collaborateurs. La fin de l'occupation nazie s'annonce en été 44. Les troupes américaines, venant de l'Ouest, sont aux portes du Pays-Haut fin août. Le 1er septembre, les fonctionnaires allemands et leurs amis quittent Audun. Le 10, l'armée américaine, venant d'Aumetz, avance sur les hauteurs d'Hirps, et à 17h00, entre dans la ville qui exulte de joie.

(Texte inspiré de la bibliographie reprise sous l'onglet "Médias")



Calendrier
« Décembre 2017 »
Lu Ma Me Je Ve Sa Di
123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728293031
Dernières modifications